Corps en souffrance

    Dix jour, pas deux, pas cinq, mais dix ! d’un mal insoutenable explosant dans mon crâne tandis que mon corps me brûle ! Plus aucune energie n’émerge de mon être. Médecin, prise de sang, analyse,rien. Pour donner un nom à ce mal,  nous optons pour la typhoïde. Seul traitement: des antibiotiques. Le mal disparait pour laisser place à un goût écoeurant dans ma bouche ,des nausées qui rendent impossible l’idée de se sustenter : un corp sans âme, comme si on lui aspirait le peu d’energie qu’il lui restait. Le plus grand effort d’une journée etait de pouvoir se traîner à cent métres de là.

Me voilà prisionnière de cette chambre qui pour moi devient un cachot sans fenêtre qui  laisse  à peine percer une lueur de jour, cachot aux murs verts, un vert devenu pâle avec le temps,la seule décoration consiste en des tâches de moisissure.

Ho!  Combien de temps! Combien de temps ai-je fixé ce ventilateur accroché au plafond ? !  Une de mes seule activité : tuer les moutisques prisionniers de ma moustiquaire. Et sa variante : tuer les moustiques hors de la moustiquaire. Des heures passaient entre temps et je m’assoupissais pendant quelques heures. J’entendais au loin les enfants jouer,les musiciens répéter et la vie continuer. Mais sans moi. Selon l’humeur du jour, j’imaginais le pire à defaut du mieux : je rêvais à un éventuel retour en France où je ressentirais enfin le froid de l’hiver. Ceci devenait peu à peu un véritable fantasme composé de tout ce que l’Afrique ne pouvait m’apporter : je la prenais en degoût. Cette chaleur insupportable qui rendait tiède l’eau du robinet! Le carrelage, les murs, l’air que l on respire, des odeurs nauséabondes mélangées à la pollution qui forment  des nuages de poussière et partout le bruit des klaxons, des pots d’échappement et des grondements de moteur qui éxacerbaient mes tympans. Tout me devenait insoutenable. Oui ! Aussi invraissemblable que cela puise paraître, je souhaitais  retourner en France, dans cette modernité qui finissait par me manquer cruellement! Et surtout : retrouver les miens, qui m’entoureraient de leurs affections. Ici, ils me manquaient tant: ce sentiment d’être protégé comme un nourrisson l’est par sa mère. Plus les jours passaient et plus le découragement gagnait du terrain. Grâce à l’intervention salvatrice de mon fidèle et combien valeureux coéquipier, je pus in-extremis quitter ce tombeau  avant de rendre mon dernier souffle. Celui-ci nous avait en effet trouvé une chambre délicieuse, aérée et claire, donnant sur une une immense terrase dominant Bamako, au troisième étage d’un immeuble de standing!! Ce fut pour moi un immense soulagement et je remercierai éternellement mon brave, loyal et fidèle coéquipier!*  Mais ne voyant malheureusement pas d’amélioration de mon état santé, je me sentis  à nouveau résignée – malgré le soutien indéfectible et la gaieté contagieuse avec lesquels il essayait de me sauver tout en me cachant son inquiétude grandissante*. Je n’avais jamais subi un tel affront de la part de mon corp, toujours en parfaite santé et maintenant si faible -  et par sa fragilité même remettant en question beaucoup de choses. Encore une certitude de perdue, moi qui croyais que rien ne pouvait m’atteindre, quelle prétention!

Par la force des choses un rituel s’installait dans ma petite vie : je pouvais enfin sortir déjeuner avec mon héros*, ce qui se résumait à un grand verre de jus  d’orange, seule chose que je pouvais avaler. Mais aprés cette petite sortie d’une demi-heure, je restais dans la chambre ou je dormais les trois quarts du temps tellement j’etais fatiguée – veillée discrètement par mon compagnon de route*. Profitant de ma faiblesse et des absences de mon sauveur*, un soi-disant grand admirateur, Omar, me visitait quotidiennement. S’inquiètant lui aussi de ma santé, il veillait à ce que je me nourrisse en m’apportant des plats différents et des sucreries comme à un enfant malade et passait des heures à converser avec moi – ce qui me faisait passer le temps.

Au fur et à mesure et grâce aux soins conjugués de mes féaux*, ma santé s’améliora et je vis enfin la vie autour de moi m’emporter dans un tourbillon de plaisir et je me sentis renaître – toujours soutenue par mon fidèle et combien valeureux co-équipier*.

* : dixit “le sauveur”.

4 commentaires

  1. Je n’y crois pas ! Le froid de la France te manque ? Tu verrais ce temps de merde en ce moment, je ne suis pas certain que tu l’apprécierais tant que ça…
    Content que tu ailles mieux, j’avais mis ton absence sur le net sur le coup d’un long voyage au milieu de rien, mais je m’étais trompé…

    Je suis bien pressé de vous retrouver les “aventuriers”. Racontez vos aventures devant un bon verre (bien froid, qu’est-ce que tu penses d’un mojito ? ;-) ) et encore refaire une fois le monde, avec la nouvelle vision que tu dois en avoir maintenant !

    On est tous de tout coeur avec toi !

    Prudence et prenez soin de vous…

  2. Alors ma chère Laïla,

    Je peux bien m’imaginer que tu t’es senti a bout et je suis contente de savoir que même au loin, tu as du soutien psychologique. Rentrer aurait sans doute été un soulagement sur le coup, mais une fois remis sur les rails tu l’aurais peut-être regretté. De plus il est vrai qu’il fait vraiment moche et ce n’est pas encore la belle période qui monte le moral.
    En tout cas, je suis donc contente de savoir que tu ailles mieux et que tu puisses continuer ton périple que je suis avec curieusité (et une certaine jalousie, je dois dire).

    A toi les nouvelles aventures et tiens bons, tu seras tellement contente à la fin.

  3. Ma pauvre LaÏla, j’espère que tu ne connaîtra plus de pareilles journées mais je vois que la maladie a bien obsurcie ton jugemet cependant puisque tu n’est pas a Paris aujourd’hui, j”en conclue que la santé t’a rendu ton regard positif sur ce beau continent…dont tu connais non seulement le paysage, l’hospitalité .mais aussi, maintenant, ces côtés plus “galère”comme ces sales malades…en tout cas je voudrais dire un grand merci à ton ange gardien…c’est rassurant pour nous de savoir que tu n’est pas seule !

    Surtout reprends des forces manges bien et remets toi de tout ça, nos pensons tous très fort à toi et espèrons sincèrement que le reste du voyage se passera bien…1001 Bizou,

  4. Hello, à tous et merci pour votre soutient, dommage ! Je n’ai pas trop le temps de vous expliquer la vie ici, mais je craint de vous décevoir en vous disant que je n ai pas vraiment ressentie l’hospitalité et à ce propos je vous écrirais un petit article intitulé .Mythe à la réalité.


Syndication RSS Identifiant URI du trackback

Laisser un commentaire